1. Perdu en Amazonie — Iquitos, Pérou


Iquitos, ville perdue au milieu de la jungle, accessible uniquement par avion ou bateau. Après un trek éreintant le long de l’Amazone, un ami et moi croisons deux Péruviennes qui se proposent de « nous guider ». Trop confiants, nous les suivons jusqu’à un appart-hôtel qu’elles connaissent… dont le nom nous échappe déjà.

La soirée dérape dans un bar improbable tenu par un Portugais tatoué, moiteur, musique, et le fleuve en toile de fond. Vers deux heures du matin, on tente de rentrer… mais les filles disparaissent, le tuk-tuk tourne en rond et notre sens de l’orientation s’évapore aussi vite que le Pisco Sour.

On finit par se retrouver à la Plaza de Armas, à quémander de l’aide auprès du réceptionniste d’un hôtel cinq étoiles, qui… appelle la police. En un rien de temps, nous voilà embarqués dans un pick-up armé, patrouillant dans une ville où chaque rue se ressemble.

Et là après deux heures à sillonner les rues, par miracle — ou pure honte — je retrouve au fond de ma poche… le reçu de l’hôtel.

Le policier me lance un regard glacial :
« Et c’est maintenant que vous vous en souvenez ? »

Deux pâtés de maisons plus loin, nous étions enfin chez nous.
Moralité : la jungle est immense… mais on peut très bien se perdre à deux pas de son lit.


2. L’attaque du rhinocéros — Chitwan, Népal


Quand on évoque le Népal, on imagine d’abord les montagnes et les monastères… rarement les rhinocéros. Et pourtant, à l’été 2014, avec deux amies, nous sommes partis explorer Chitwan, un parc national splendide, bien loin du tumulte de Katmandou, la capitale.

Un guide local nous embarque pour un safari à pied. Briefing rapide : tigres du Bengale, éléphants sauvages, rhinocéros indiens habitent dans les parages… et là il insiste pour ces derniers : « S’ils chargent, vous courez derrière un arbre. Ne jouez pas aux héros. »

Bref, la théorie est une chose. La pratique, une autre.

Après quelques heures de marche, on tombe sur une femelle rhinocéros, son petit… et un mâle qui monte la garde. Moment rare, magnifique. On sort les appareils photos pour immortaliser l’instant. Et là, le rhinocéros se retourne et charge.

Notre guide hurle : « RUN, DON’T STOP ! ». Instantanément, chacun disparaît dans une direction différente. Une amie perd sa tong en route (la jungle est impitoyable avec les tongs).
Moi, je cours, je crie leurs noms, je tente de rester lucide. Je tombe nez à nez avec un troupeau de biches immobiles, qui me regardent comme si j’étais le seul intrus dangereux des lieux. Quelques minutes plus tard, on se retrouve tous, tremblants mais vivants.

La leçon est simple : dans la jungle, ce n’est pas la peur qui te sauve. C’est la capacité à retrouver ton calme… même quand un rhinocéros fonce droit sur toi.


3. Siem Reap — Pub Street s’en mêle


Certaines villes s’effacent aussitôt qu’on les quitte. Et puis il y a celles dont l’atmosphère vous attrape sans prévenir. Siem Reap fait partie de ces rares endroits : temples d’Angkor, villages flottants, énergie bohème, bars élégants… la ville vous adopte.

Été 2013, avec une amie, on pose nos sacs dans une petite auberge tenue par des Norvégiens. Trois jours parfaits : Angkor au lever du soleil, le Tonlé Sap, Pub Street… tout va trop vite.

La veille de notre départ pour la Malaisie, on se promet une soirée calme au bar. Dix minutes plus tard, un Australien nous offre un verre, puis un autre, et conclut : « Si vous ne venez pas à Pub Street ce soir, Pub Street viendra à vous. » Quelques coups de fil plus tard, son cercle d’amis débarque dans notre petit bistrot.

Évidemment, on finit tous à Pub Street : un kilomètre de bars, de musique, de lumières, de bières à un dollar et de voyageurs qui refont le monde. Retour au lever du soleil. Notre vol est à 9h.

On tente de dormir. Mauvaise idée. Réveil à 8h30. Valises à moitié faites, pas de check-out, aéroport à dix minutes en tuk-tuk. On arrive à 8h55… embarquement fermé. Minuscule et désert, l’aéroport rend l’échec encore plus cuisant.

Une employée nous redirige vers un monsieur en costard. Après vérification, verdict : billets ni modifiables ni remboursables. On négocie, il propose un vol Malaysian Airlines à 14h30 — 700 dollars pour deux. Refuser n’est plus une option. On paye, on s’écroule sur des fauteuils en plastique et récupère ce qu’il reste de lucidité.

Moralité : parfois, voyager, c’est accepter qu’on ne contrôle rien… pas même son heure de réveil.


Amazonie, Népal, Cambodge… Trois décors différents, mais un point en commun : le voyage vous force à décider vite, à faire confiance à votre instinct, à gérer la peur. Et au bout du compte, ce sont justement ces imprévus qui forgent les souvenirs les plus solides.